Voyage insolite à vélo sur les rives du Danube, entre Bulgarie et Roumanie
Ce très long fleuve sillonne les régions les plus pauvres de l’Union européenne. En suivant son lit, on peut visiter des villages hors du temps.

En Bulgarie et en Roumanie.
«Bienvenue à la croisée des chants des trois coqs», lance Zdravko en guise d’accueil, avec une expression mêlant surprise et curiosité. L’arrivée d’un étranger dans le village situé le plus au nord-ouest de la Bulgarie, c’est un événement. Encore plus quand il est à vélo.
Dans cette zone où le temps semble s’être arrêté, située au centre de Kudelin (dans la région de Vidin), rien ne se passe jamais. Les gens ne sont pas pressés. De toute façon, il n’y a nulle part où aller. À en croire les habitants installés sur leurs chaises usées en plastique rose à côté de l’unique magasin du coin, le terrain de jeu ne renvoie les cris des enfants que pendant les vacances et lors de la saison estivale. La région la plus pauvre de l’Union européenne manque cruellement d’emplois, ce qui oblige les jeunes à partir.
Zdravko, 62 ans, vêtu d’un t-shirt bleu marine en piteux état, sirote sa bière fraîche dans une chaleur particulièrement insoutenable pour un mois d’avril. Les coqs dont il parle sont en réalité des pays: la Roumanie, la Serbie et la Bulgarie. Les habitants du village de Kudelin expliquent en plaisantant que non loin de là, à l’embouchure de la rivière Timok, frontière commune à ces trois pays des Balkans, les coqs roumains, serbes et bulgares se retrouvent tôt le matin pour chanter d’une même voix.
«Le départ est juste ici», indique Zdravko. C’est à Kudelin que commence la portion bulgare de l’itinéraire cyclable EuroVelo 6, qui relie la côte atlantique à la mer Noire. Beaucoup de gens ne prêtent à cette région de la Bulgarie que des aspects négatifs –déclin de la population, manque d’opportunités, absence d’activités touristiques, etc. Bien souvent, ce sont les habitants eux-mêmes qui en parlent ainsi, reconnaissant que leur région a été marginalisée ces dernières décennies.
Quoi qu’il en soit, chacun pourra se faire son propre avis sur la question à la fin de ce récit, dans environ 300 kilomètres de voyage en vélo électrique le long du Danube, en suivant l’itinéraire cyclable E-Bike. Un réseau construit dans le cadre du programme Interreg, financé par le Fonds de développement régional de l’Union européenne.

Deux pays, 240 vélos électriques, trente-deux villes et un seul objectif: rendre le vélo accessible au plus grand nombre. Tel est le credo de ce projet étonnant, né en 2016 dans l’esprit d’Eftim Stefanov, à l’époque directeur exécutif de l’agence de développement régional et du centre d’affaires de Vidin. Le réseau puise son inspiration dans des systèmes similaires instaurés en Allemagne et en Autriche, qui offrent une mobilité à la fois aux habitants et aux touristes.
La construction, lancée en 2016, a duré deux ans. Aujourd’hui, plus de 200 vélos sont disponibles à la location dans trente-deux sites de la région du Danube qui traverse la Bulgarie et la Roumanie. Ainsi, les touristes comme les habitants peuvent louer une bicyclette à un endroit, parcourir la région transfrontalière entre les deux pays voisins et la rendre dans une station d’une autre ville. «Le système peut encore être amélioré», précise cependant Eftim Stefanov. L’intérêt des cyclistes pour la portion bulgare de l’EuroVelo 6 reste moindre en comparaison des autres pays traversés par l’itinéraire cyclable.
Enfourchant notre vélo électrique loué pour 5 euros par jour, nous sommes partis à la rencontre des habitants des villes et des villages qui longent les deux rives du Danube, le deuxième plus long fleuve d’Europe. Notre voyage débute à Kudelin, le village le plus au nord-ouest de la Bulgarie, et s’achève à Svichtov, une ville pittoresque située au cœur de la région bulgare du Danube.
0 kilomètre: à Kudelin, la contrebande dans le contexte bulgare
«L’aroumain est notre langue maternelle», déclare Momchil Ivanov, récemment élu maire de Kudelin. Les Valaques peuplent les villages de cette région de la Bulgarie. Les autres hommes, assis autour de la vieille table pelée près du magasin local, confirment en être. Des communautés sont implantées à Béléné et dans des villages de la région de Vidin.
La majorité des chercheurs s’accordent à dire que les ancêtres de Zdravko et de Momchil ont migré. L’installation de la population valaque au sud du Danube et sa proximité avec le peuple roumain peuvent être interprétées de manières différentes. La plupart des habitants, comme Zdravko et Momchil, sont catégoriques: les Valaques ne sont pas des Roumains et leur langue n’est pas le roumain. «Le roumain moderne n’a rien à voir avec l’aroumain», explique Momchil.

À ce moment-là, le fils du gérant du magasin, un fervent amateur de football, se joint à la discussion. Ancien membre de l’équipe du club local, il mesure aujourd’hui les avancées de la région à travers le prisme de son sport préféré. «La force d’une équipe de football reflète la vitalité du sport en général. Si une communauté n’est pas en mesure de soutenir une équipe de football, elle n’est pas non plus capable de diriger une ville, encore moins une nation», explique-t-il, une pointe de mélancolie dans la voix.
Tout en parlant, il esquisse un geste en direction d’un vieux cadre en bois cloué sur un mur, qui soutenait autrefois une télévision. C’est devant cet espace aujourd’hui vide que tout le village s’était réuni pour regarder la victoire historique de la Bulgarie face à l’Allemagne en quart de finale de la Coupe du monde 1994 aux États-Unis.
«À l’époque, on effectuait le trajet entre Vidin et Roussé sur “la fusée”», intervient sa mère. Le célèbre bateau, qui n’est qu’une légende pour les personnes nées après la chute du rideau de fer, assurait la jonction entre ces deux villes en seulement six heures, à une vitesse de 65 kilomètres/heure, et ce «jusqu’à l’établissement de la démocratie», témoigne la femme.
Dans une autre maison bien entretenue, nous faisons la connaissance d’Alenka, 69 ans. Son jardin, peuplé de poussins à peine sortis de leurs coquilles, de deux cochons sauvages, et même d’un loup, n’a rien à envier aux zoos les plus diversifiés. Elle nous confie que la vie à Kudelin est loin d’avoir été toujours monotone.

«Lors de la période de l’embargo sur les produits yougoslaves, se souvient Alenka, évoquant la guerre dans les années 1990, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies avait interdit l’exportation et l’importation de marchandises depuis et vers la Yougoslavie pour tenter de mettre fin aux tensions en Bosnie-Herzégovine, nous avons traversé la frontière pour vendre du carburant à la Serbie.» Cette «opportunité commerciale» a entraîné la migration de plus de 3.000 personnes dans toute la Bulgarie, qui sont venues s’installer à Kudelin et dans les villages alentours. Le bénéfice moyen par jour s’élevait à près de 150 marks allemands (environ 570 lev).
«Tout le monde exportait du carburant, autant que possible», se remémore-t-elle. «Je le faisais sur ma Simpson, une marque de moto allemande fabriquée en RDA à l’époque du rideau de fer. J’avais un siège conçu sur mesure pour y cacher le naphta. À chaque voyage, je pouvais transporter jusqu’à 50 litres. Les douaniers serbes nous laissaient passer car ils y trouvaient du sens dans leur travail –sinon, les Serbes n’avaient pas de carburant.»
«Lorsque l’exportation de carburant a pris fin, nous sommes passés à l’exportation de cigarettes, poursuit la femme. Mais aujourd’hui, la tendance s’est inversée. Ce sont les Bulgares qui viennent en Serbie pour acheter des cigarettes à faible coût.» Elle se souvient du commerce clandestin avec la Roumanie à l’époque du rideau de fer. «La Bulgarie proposait d’excellents savons, dont le “Trèfle”, qui figurait parmi les plus recherchés. En échange, nous ramenions des poêles et des casseroles de Roumanie, puisque les ustensiles émaillés y étaient plutôt abordables.»
5 kilomètres: au village de Vrav, pêche au poisson-chat
Un après-midi d’avril. Le soleil filtre à travers les nuages. Le vent vient caresser les visages, et les ronces qui bordent la route grouillent de serpents et de lézards dont le bain de soleil semble avoir été interrompu par notre passage. Après avoir pédalé pendant 5 kilomètres sur une route plate, peu fréquentée et ombragée, nous atteignons le village de Vrav, vitrine par excellence de l’architecture valaque. Sur la place centrale se trouvent deux immenses panneaux qu’il serait difficile d’ignorer, l’un deux indiquant: «Boulevard du Danube. Complexe extérieur. Célébration de l’amitié et de la gloire des armes. Bulgarie, Russie et Cuba.»
Non loin de là, une fontaine asséchée depuis 1987. Un panneau en marbre au-dessus de la sortie d’eau indique: «L’eau, source de la vie.» Mais de toute évidence, cela fait bien longtemps que la vie a quitté cet endroit. Sur la gauche, des plaques commémoratives en l’honneur du révolutionnaire bulgare Khristo Botev et du poète cubain José Martí. On peut y lire la célèbre citation de Botev: «Celui qui meurt en combattant pour la liberté , celui-là ne meurt pas.»
Le boulevard du Danube mène directement au premier port bulgare le long du fleuve. Depuis la libération de la Bulgarie en 1878 jusqu’à l’arrivée au pouvoir du régime communiste en 1944, ce port était d’une importance économique capitale. C’est là que les péniches étaient chargées de marchandises destinées aux pays situés le long du fleuve et aux pays d’Europe occidentale.
Le village de Vrav compte environ 200 habitants, principalement des Valaques. Parmi eux, Zari, un célèbre sculpteur dont le talent s’est transmis de génération en génération au sein de sa famille. Les pêcheurs du pays le connaissent pour ses «klionks», fabriqués à la main avec une précision et un soin immenses.

Cet outil en bois permet aux pêcheurs de capturer des poissons-chats avec plus de facilité et d’efficacité. «Dans la région, on les appelle aussi “buchka”», explique Zari. Le dispositif est également conçu pour émettre un son particulier qui imite les proies dont se nourrit le poisson-chat. «Les poissons-chats sont des créatures territoriales, poursuit-il. En attraper un dans le Danube à l’aide d’un klionk, ce n’est pas une mince affaire.» Zari, qui en a fabriqué des milliers, parle en connaissance de cause.
11 kilomètres: à Novo Selo, retour aux sources
C’est avec un puissant discours d’ouverture que l’architecte Elena Stoycheva présente l’événement qui se tient au centre communautaire de Novo Selo: «J’aimerais que chaque village de Bulgarie ressemble à une carte postale.» En ce jour de congé, les participants sont au rendez-vous, enthousiastes, désireux non seulement d’écouter, mais aussi de partager leurs réflexions sur l’architecture de Novo Selo. Alors qu’Elena présente des photos, des enfants reconnaissent immédiatement une maison de leur village.
Ces deux dernières années, les architectes Elena Stoycheva et Nadezhda Sucheva se sont attachées à étudier le patrimoine architectural des villages bulgares, en accordant une attention particulière à certaines des zones les moins peuplées du pays. Aujourd’hui, elles sont à Novo Selo pour partager les conclusions de leur étude.

«Les villages bulgares sont comme des trésors qui risquent de disparaître. Leur authenticité s’efface peu à peu. Nous souhaitons sensibiliser le public à cette problématique en mettant en valeur la beauté et le caractère unique des maisons de village et en montrant que l’architecture rurale est un élément que nous ne pouvons pas négliger», expliquent les deux femmes, qui préparent actuellement une série de vidéos tournées lors de leurs différentes visites.
À Novo Selo, l’architecture valaque typique de la région a particulièrement retenu leur attention. Ce type d’architecture reflète le style roumain du XIXe siècle, notamment le célèbre «brâncovenesc», qui intègre des éléments d’Europe de l’Est, de la Renaissance et du monde rural. D’après les deux architectes, les maisons de Novo Selo se démarquent par leurs peintures complexes et leurs splendides façades ornées de décorations. «Ces maisons incarnent un mélange de diligence, d’aspiration et de liberté, avec un art populaire entremêlé d’influences externes», résument Elena et Nadezhda.
C’est alors que l’échange avec les habitants de Novo Selo prend une tournure inattendue. «Pourquoi nos villages ne ressemblent-ils pas aux villages allemands ou autrichiens?», lance Elena à voix haute, sans se douter qu’il s’agit d’un sujet sensible pour les habitants. La réponse ne se fait pas attendre. «Parce que nos artisans qualifiés sont partis en Allemagne et en Autriche», rétorque l’un des participants d’un ton dédaigneux.
Le problème du manque d’ouvriers qualifiés pour rénover les maisons du village prend une ampleur conséquente, les plaintes des habitants ne cessant de s’intensifier. À cet égard, le village de Novo Selo bénéficie d’un atout de taille: Rumen Dzhagafov, 27 ans. Le jeune homme, qui a obtenu un diplôme en architecture à Sofia il y a quatre ans, a eu envie d’un retour aux sources. En pleine pandémie de Covid-19, Rumen a acheté une maison abandonnée à Novo Selo, d’où sont originaires ses grands-parents, et s’est lancé dans des travaux de rénovation à base de matériaux naturels.
«Tout est en argile, en pierre et en bois», explique fièrement Rumen. Il s’agit d’une «pletarka» traditionnelle, construite à partir d’un mélange de boue, d’argile, de paille, de sable et de déjections animales. Pourtant, au début, c’était loin d’être gagné: cette maison, dont la construction remonte à plus d’un siècle, était en train de tomber en ruines, envahie par la végétation qui semblait reprendre ses droits. Mais le jeune architecte a vu dans cette adversité une belle opportunité. «C’est lorsqu’une maison s’effondre qu’on peut voir son squelette», note-t-il, optimiste.
«L’histoire de Rumen m’a permis de comprendre à quel point ces maisons sont porteuses d’histoires», confie Lyubka Angelova, secrétaire générale du centre communautaire de Novo Selo, qui fêtera son 150e anniversaire en 2024.

77 kilomètres: au village d’Orsoya, vivre avec obstination
Même s’il n’existe plus sur le papier depuis qu’il a été frappé par un terrible glissement de terrain le 23 décembre 1978, le village d’Orsoya figure toujours sur la carte de la Bulgarie. Les forces de l’ordre avaient eu bien du mal à extraire les habitants des décombres.
Devant la mairie, nous rencontrons Rosen, dont la vie est intimement liée au Danube, puisqu’il y a été surveillant. «C’était un grand village. Toutes les maisons étaient habitées. Il y avait une école. Un jardin d’enfants. Un centre communautaire avec un cinéma. Tout s’est écroulé», déplore-t-il.
«Le sol a tremblé sous mes pieds. La défense civile est arrivée, a accroché à mon bras un bandeau distinctif et m’a dit d’empêcher les voitures de pénétrer dans le village. C’était terrifiant», se souvient Alexander, 86 ans, qui occupe l’une des maisons restantes.

Après le glissement de terrain, le village a été officiellement fermé par décret ministériel. Cependant, une centaine d’habitants ont fait preuve de résilience et sont retournés dans leurs maisons délabrées. Ils sont fiers de déclarer qu’ils ne paient pas d’impôts. «Tout appartient à l’État», explique Rosen, juste après être allé chercher du naphta à la mairie pour tondre l’herbe le long de la route principale qui relie Vidin à Lom.
Il continue à nous parler de son village. «Nous n’avons pas de magasin, le maire apporte des provisions quand nous l’appelons. On s’habitue.» Qu’entend-il par là? On s’habitue à tout.
115 kilomètres: au village de Dolni Tsibar, au-delà des étiquettes
Le village de Dolni Tsibar fait partie des nombreuses localités bulgares qui comptent une vaste communauté rom. Dans les médias bulgares, il est connu sous le nom de «Roma Cambridge», en raison du nombre élevé de jeunes qui obtiennent un diplôme de cycle secondaire et poursuivent leurs études à l’université.
Julian Bobev, professeur d’histoire, de géographie et d’éducation civique au lycée du village, rejette ce type d’étiquette. «Certes, le taux d’analphabétisme est extrêmement faible ici. Mais je ne suis pas d’accord avec ce surnom, déclare le professeur, qui s’efforce d’apprendre à ses élèves à s’émanciper. Je leur répète chaque jour: “Soyez des personnes libres et faites bon usage des libertés qui vous ont été offertes.”»
Ici, contrairement à d’autres villages, personne ne se plaint du manque de population. «Il y a beaucoup d’enfants, beaucoup de jeunes, explique-t-il. C’est ce qu’il y a de bien avec les habitants de Dolni Tsibar. Peu importe l’endroit où ils se rendent et le temps qu’ils y passent, ils finissent toujours par revenir. C’est un phénomène plutôt rare.»
En été, tout le village se rassemble sur la plage du Danube. Ici, presque tout le monde sait nager. «Les enfants de Dolni Tsibar sont de vrais poissons dans l’eau, ils apprennent à nager dès leur plus jeune âge», explique Julian Bobev.
220 kilomètres: à Corabia, la maison sur l’autre rive
Les levers et les couchers de soleil sur fond de Danube présentent des mélanges de couleurs différents. Chaque mélange, aussi unique soit-il, est captivant. La semaine dernière, nous avons progressé de manière parallèle au fleuve, le long de la rive bulgare. À une époque où la libre circulation des personnes en Europe de l’Est était presque impossible, le seul moyen de voir le fleuve depuis la rive voisine était de l’imaginer.
«J’ai grandi dans le village d’Islaz, sur la rive roumaine du Danube, juste en face du village bulgare de Somovit. J’ai passé mon enfance au bord du fleuve», raconte Mirela Trandafir, une guide touristique rencontrée au centre culturel de la municipalité de Corabia, une petite ville dotée d’un profond patrimoine, située le long du Danube, dans le sud de la Roumanie.

Chaque jour, les parents de Mirela, qui s’occupaient d’un troupeau de moutons, faisaient paître leurs bêtes dans les prairies voisines. Lorsque Mirela les aidait, elle contemplait souvent l’autre côté du fleuve. «La rive bulgare a toujours été un mystère pour moi. Je me demandais qui pouvait bien vivre là-bas», se souvient-elle. Depuis la Roumanie, elle apparaissait à ses yeux d’enfant comme une terre lointaine et mystérieuse, avec de hautes falaises de calcaire qui se reflétaient dans l’eau et créaient des paysages féériques.
«Le soir, je contemplais la côte bulgare depuis les collines près de mon village. Je me souviens qu’elle était illuminée, tandis que nous étions plongés dans l’obscurité à cause des coupures de courant.» Cette image de l’époque où le dictateur communiste roumain Nicolae Ceaușescu tentait de réduire la dette du pays en privant la population d’électricité entre 19h et 22h reste gravée dans les souvenirs d’enfance de Mirela.
«La régime dictatorial de Todor Jivkov en Bulgarie semblait avoir un visage plus humain que chez nous.» Des années après la chute du régime, elle a finalement pu se rendre en Bulgarie. «J’étais dans le bus en direction de Somovit. J’ai raconté au chauffeur mes souvenirs d’enfance de cette côte opposée et inaccessible. À ce moment-là, il m’a dit: “Mirela, je vais vous emmener voir la côte roumaine depuis Somovit.”»
«Je n’ai pas trouvé la maison que j’avais contemplée tant de fois depuis ma chambre d’enfant, mais c’était grisant de visiter pour la première fois cette partie de la côte bulgare qui m’avait tant fait rêver petite», confie Mirela.
306 kilomètres: à Svichtov, en aval vers les Maldives bulgares
Sur les îles du Danube, il est possible de vivre une véritable expérience à la Robinson Crusoé. Elles sont accessibles uniquement en bateau ou en kayak, la deuxième option étant préférable d’après Radoslav Yordanov, qui a créé le club de kayak de Svichtov en 2021, dans le but de promouvoir le tourisme dans la région.
Ce qui n’était au départ qu’une idée fantaisiste est devenu une véritable attraction populaire qui rassemble des touristes des quatre coins du globe, désireux de rejoindre en kayak les «Maldives bulgares». C’est ainsi que les habitants appellent les îles qui émergent autour de la ville de Svichtov lors de la saison estivale, lorsque le niveau de l’eau baisse et laisse apparaître un banc de sable fin autour d’elles.

«Le Danube est un endroit très intéressant pour les touristes. Le printemps est une saison particulièrement propice au kayak. Tout est vert, les oiseaux chantent. On a le sentiment de vivre un moment hors du temps. C’est une réalité complètement différente.» En présentant le kayak comme un moyen d’échapper à l’agitation de la vie quotidienne et d’entrer en communion avec la nature, Radoslav souligne ses bienfaits thérapeutiques.
Né sur les rives du Danube, à quelques centaines de kilomètres en amont, dans la ville de Silistra, Radoslav ressent une connexion particulière avec la nature. «Lorsque je ne me sens pas bien, je prends mon kayak et je pars sur l’eau. C’est ma façon de me détendre et de trouver la paix.»
